Une autre facette de la malédiction des ressources ? Chevauchements entre usages différents de l’espace et conflits au Cameroun

Modeste pays minier sous la colonisation et au cours des premières décennies après son Indépendance [1] le Cameroun suscite depuis le milieu des années 2000 un intérêt marqué de la part des investisseurs pour son secteur minier. Cette dynamique coïncide avec la baisse de la production pétrolière observée dans le pays depuis les années 1990. Un tel intérêt pour le sous-sol du Cameroun peut sembler a priori stimulant, surtout pour une économie malmenée depuis plus de vingt ans par les programmes d’ajustement structurel imposés par les institutions financières internationales, la corruption généralisée et les mauvais choix économiques du gouvernement. Il n’est cependant pas sans risques : l’accélération de l’exploitation des ressources naturelles ne se déroule pas toujours de manière cohérente, et n’apporte finalement pas cette contribution au développement national au nom de laquelle elle est conduite. On note en effet au Cameroun d’importants chevauchements entre différents usagers de l’espace et des ressources, et la récurrence de ce phénomène atteste de l’existence d’une faiblesse et de dysfonctionnements profonds dans le système d’attribution des droits et de gestion des titres. La cartographie de cet enchevêtrement de droits révèle une aberration du point de vue de l’aménagement du territoire et de la gestion des ressources naturelles.

En 2013, trois ONG ont établi une cartographie des politiques d’aménagement du territoire et des concessions successivement attribuées à différents secteurs d’activité industrielle (agroalimentaire,
bois, mines) par les autorités du pays. Ce travail rend visible les multiples chevauchements existant entre les récentes concessions minières (pour l’exploration notamment) et des concessions antérieures (forestières et agricoles), voire des espaces protégés. Samuel Nguiffo et Freddy Mbianda, du CED présentent les conclusions alarmistes de ce travail cartographique. La publication est disponible ici.