Agir pour les défis de l’APV : quel bilan de l’exploitation illégale des forêts en Afrique Centrale ?

Dans leurs perspectives de développement, de nombreux pays d’Afrique en général  et d’Afrique Centrale en particulier sont de plus en plus favorables aux Investissements Directs Etrangers (IDE). Si ces investissements ont pour objectifs de promouvoir le développement des régions qui les abritent, force est de constater que celles-ci présentent de nombreux effets néfastes sur les forêts et les communautés qui les abritent.

Le Projet «Agir sur les défis de l’APV: exploitation illégale et changement du couvert forestier dans le cadre d’investissements non-forestiers» est mis en œuvre par le Centre pour l’Environnement et le Développement (CED) en partenariat avec l’Observatoire Congolais des droits de l’homme (OCDH) au Congo, Brainforest au Gabon et la Maison de l’Enfant et de la Femme Pygmée (MEFP) en RCA. Il a débuté en 2016 pour une durée de 2 ans et est financé par le programme FAO-EU FLEGT. Le projet a pour objectif de réduire les risques d’exploitation forestière illégale dans le cadre des grands investissements (agro-industrie, mine, infrastructure) par le renforcement de l’efficience de toutes les parties engagées dans le suivi de ces investissements.

Arrivé à son terme, le projet a permis d’identifier les problèmes liés à l’exploitation illégale du bois. Il ressort que ce sont des investissements non-forestiers, menés sur les zones forestières, qui aboutissent au déboisement. L’étude sur la transparence dans le secteur forestier en Afrique Centrale, menée par Marie-Madeleine Bassalang en 2018, révèle que la conversion des forêts pour les investissements non-forestiers n’a cessé d’augmenter ces dix derniers dans la sous-région. Les superficies attribuées sont estimées à plus de 10 millions d’hectares. Ce défrichement massif des forêts produit d’importantes quantités de bois dont l’exploitation n’est pas bien encadrée.

Au Gabon, les législations ne sont pas toujours adaptées à la problématique de la conversion des terres, sujet qui a émergé après l’adoption des lois. Dans le cadre du projet, des propositions ont été faites pour mieux encadrer les conversions et les droits des communautés dans la loi forestière dont le processus de réforme est en cours.

Au Congo, beaucoup d’activités agro industrielles ont déboisées les forêts. Les missions sur le terrain et les dénonciations ont permis d’aboutir aux suspensions de certains titres pour cause de superposition d’usages, dégradation de l’environnement, violation des droits des communautés.

Pour le cas du Cameroun, il ressort que le processus d’attribution des titres de récupération du bois sur les concessions attribuées pour les investissements non forestiers est susceptible de poser  des problèmes de légalité du bois récolté, en raison des zones grises dans la législation, qu’il faudrait préciser de manière urgente.

Enfin, en RCA, un travail a été fait avec les magistrats sur le terrain, pour constater le manque à gagner que causent l’exploitation illégale du bois.

En définitive, il est clair qu’il y a lieu de poursuivre le plaidoyer pour l’amélioration de la qualité des textes et de leur respect dans le cadre du choix des sites des grands investissements et de l’exploitation du bois dans les sites retenus.  Cette bataille nécessitera un processus inclusif, impliquant tous les acteurs majeurs : les administrations publiques, les organisations de la société civile, les communautés locales, et le secteur privé.

Le document d’analyse des conversions des forêts par les grands investissements en Afrique Centrale est disponible via le lien suivant : http://www.cedcameroun.org/1873-2/

Les participants pendant l’atelier