Éducation des peuples autochtones: Le plaidoyer du CED en image

Le 9 août est journée des Populations Autochtones. L’édition 2016 est placée sous le thème « le droit à l’éducation des peuples autochtones »

A  cette occasion, le Centre pour l’Environnement et le Développement (CED) a bien voulu partager avec vous  le film intitulé : « Populations autochtones au Cameroun : Les défis de l’éducation ». Le documentaire de 10 mn est un condensé d’images qui frappent par leur réalité et qui posent de façon directe les problèmes d’absence de salles de classe, de points d’eau, de blocs latrines, d’enseignants, et qui par ailleurs soulèvent la question de la correspondance du calendrier scolaire aux activités traditionnelles des peuples autochtones.

Il a été réalisé dans le cadre de la tenue de l’Atelier de réflexion sur les stratégies et méthodes d’adaptation de l’enseignement à la culture et au mode de vie des peuples autochtones. C’était  les 5 et 6 Août 2014 dans la salle des conférences du Ministère de l’Éducation de Base et placé sous la Présidence de Madame YOUSSOUF HADIDJA ALIM, Ministre de l’Éducation de Base.

L’objectif général de l’atelier était de contribuer à la réflexion, à l’adoption et à la mise en œuvre des stratégies et méthodes susceptibles de favoriser une plus grande prise en compte des spécificités des peuples autochtones dans le système éducatif camerounais.

Le documentaire produit par les ONG CED et CEFAID  a été diffusé à l’ouverture des travaux. A l’issue de cette projection, Mme le Ministre a invité ses collaborateurs à identifier tout au long de l’atelier des solutions à l’effet de pallier aux divers manquements constatés.

Les présentations ci-après avaient été délivrées tout au long de l’atelier :

  • Actions entreprises par le Gouvernement dans le domaine de l’éducation pour une meilleure scolarisation des enfants issus des peuples autochtones au Cameroun Par Monsieur NANGA Charles, Inspecteur Général des Services au Ministère de l’Education de Base
  • Présentation du projet Education interculturel et multilingue pour les Baka et perspectives Par François Awounkeu, Plan Cameroun
  • Présentation de l’Etude sur la scolarisation des enfants autochtones Baka Par Edward Nsobè, UNICEF Cameroun
  • Partage d’expériences pour une meilleure scolarisation des enfants autochtones au Cameroun Par Samuel Nguiffo (CED), Jeanne Biloa (RACOPY et MBOSCOUDA)
  • Bref aperçu du cadre international et régional relatif au droit à l’éducation des peuples autochtones Par Nadine Mballa Wilson (CNUDHD-AC) et Brice Sereckessy (BIT)

Les recommandations concernant le processus de scolarisation des enfants issus des communautés autochtones avaient été formulées:

  • L’élaboration d’une politique nationale d’intégration des populations autochtones dans tous les domaines de la vie publique au Cameroun ;
  • La prise en compte des recommandations de l’atelier MINEDUB du 6 au 7 août 2014 dans l’élaboration des stratégies et méthodes d’adaptation de l’enseignement à la culture et au mode de vie de ces populations au niveau sous-sectoriel de l’éducation de base en cours d’élaboration ;
  • La prise en compte des dispositions de la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples autochtones, Convention 169 de l’OIT relative aux peuples autochtones indigènes et tribaux ainsi que les divers autres commentaires des Organes de Surveillance des Traités de l’ONU
  • L’intégration des stratégies et méthodes d’adaptation de l’enseignement à la culture et au mode de vie de ces populations dans la stratégie sous-sectorielle de l’éducation de base en cours d’élaboration;
  • Le développement d’une synergie d’action sur la base de l’orientation conforme à la politique nationale sus-évoquée ;
  • L’adoption d’un calendrier scolaire approprié aux modes de vie des peuples autochtones ;
  • la prise en compte de l’obstacle linguistique, les résistances culturelles, les valeurs de l’école traditionnelle des populations autochtones ;
  • La conception de stratégies et méthodes d’enseignement appropriées (itinérance, pédagogie inclusive) qui intègrent les modes de vie de ces populations ;
  • La mise en place d’un mécanisme de suivi/évaluation en vue de garantir la flexibilité et l’adaptabilité des programmes du point de vue des contenus et de la gestion du temps scolaire ;
  • L’élaboration et la diffusion d’outils efficients de transmission des connaissances et compétences en milieu autochtone ;
  • L’instauration de mesures incitatives à l’endroit des enseignants en vue d’assurer les bonnes conditions de travail dans le processus de scolarisation des enfants autochtones ;
  • Le développement et la mise en œuvre de mesures en vue de concilier la scolarisation des enfants autochtones et l’alphabétisation de leurs parents, ainsi que leur sensibilisation permanente sur le bien-fondé de l’école ;
  • Le Renforcement des expériences réussies (y compris d’autres pays) en matière d’éducation interculturelle et multilingue pour les enfants autochtones.
  • Le renforcement de l’éducation interculturelle et multilingue pour les enfants autochtones.
  • La création d’une plateforme multi-acteurs afin d’initier des synergies et de capitaliser les efforts a été suggérée.
  • Baser ou fonder la planification et la mise en œuvre des programmes sur des évidences, sur des données de base qui permettront de mesurer le progrès et l’impact.
  • Elargir le projet de Plan Cameroun portant sur l’éducation multilingue et interculturelle des peuples Baka aux autres peuples autochtones tels que les Mbororos. Concevoir par exemple des manuels scolaires spécifiques aux Mbororos et sensibles à leur culture. Il a été recommandé aux OSC des peuples autochtones de se rapprocher des administrations impliquées dans l’éducation ou la défense des droits de l’homme pour une meilleure prise en compte de leurs besoins et pour plus d’impact (Commission nationale des Droits de l’Homme et des Libertés (CNDHL), MINEDUB, MINJUSTICE).
  • La mise en place avec la participation des peuples concernés, d’une structure administrative ou institutionnelle chargée d’assurer la coordination et le suivi des actions au niveau national et de consolider les informations sur les actions entreprises dans le sens de la promotion de l’éducation des peuples autochtones ;
  • Le développement et la mise en œuvre d’un vaste programme de sensibilisation (enfants, parents, communautés voisines, leaders d’association) sur l’importance de l’éducation en milieu autochtone, la promotion et la valorisation de modèles endogènes ;
  • La prise de mesures incitatives basées sur la discrimination positives : l’octroi de bourses d’études, gratuité de fournitures scolaires, la formation/l’alphabétisation des parents, la construction des écoles, la sécurisation foncière en vue de créer des conditions favorables à l’éducation des enfants autochtones ;
  • La mise sur pied d’outils d’appréciation des progrès réalisés en la matière, de capitalisation et de documentation des bonnes pratiques ;
  • La promotion d’une politique d’accompagnement et d’autonomisation des peuples autochtones à travers le développement d’activités génératrices de revenus en milieu autochtones ;
  • L’instauration des réformes législatives, institutionnelles et règlementaires en vue de sécuriser les terres, territoires et autres acquis fonciers et domaniaux des peuples autochtones, dans le but de stabiliser les actions de développement entreprises en leur faveur ;
  • La mise en place d’un mécanisme bilatéral entre le gouvernement et les communautés autochtones afin de suivre jusqu’à terme des projets engagés et dont ils sont bénéficiaires ;
  • La réalisation d’une étude plus approfondie et plus exhaustive d’état des lieux dans toutes les régions à forte concentration des peuples autochtones. (ex. Adamaoua et l’Ouest en plus des points d’ancrage actuels) ;
  • La résolution du problème de l’éparpillement des sous-groupes à travers l’appui à la création des villages avec la participation et le consentement des peuples intéressés ;
  • La prise de mesures (y compris des sanctions fortes) en vue de lutter contre la discrimination, la stigmatisation et la marginalisation des peuples autochtones ;
  • La consolidation des informations sur les actions faites dans le sens de la promotion de l’éducation des peuples autochtones et les diffuser ;
  • La mise sur pied des outils d’appréciation des progrès réalisés en la matière ;
  • Le Cameroun devrait faire des efforts pour étoffer son ordonnancement juridique en matière de promotion et de protection des droits des peuples autochtones, en ratifiant par exemple la Convention 169 de l’OIT ;
  • Le Ministère de la Justice devrait se rapprocher des OSC des populations autochtones afin de les associer à la collecte des données servant à la rédaction des rapports périodiques du Cameroun à soumettre aux organes de traités et aux procédures spéciales.

La cérémonie de clôture des travaux avait connu trois importantes articulations : la lecture du rapport général, l’intervention du Représentant Régional et Directeur du Centre des Nations Unies pour les Droits de l’Homme et la Démocratie en Afrique Centrale et le discours de clôture de Madame le Ministre de l’Education de Base.

Ahowanou Agbessi avait insisté sur la nécessité pour chaque participant de mettre en œuvre des stratégies et actions identifiées selon son domaine d’intervention, et de continuer à réfléchir à des mesures de discrimination positives pour une plus grande prise en compte des droits des peuples autochtones. Dans son discours de clôture, Madame le Ministre de l’Education de Base a instruit à ses collaborateurs de veiller à la mise en œuvre effective des conclusions des travaux.

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Personnalités présentes

  • Madame le Ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille
  • Représentant du Ministre de la Justice, Garde des Sceaux
  • Représentant du Sénat
  • Monsieur NDONG SOUMHET Benoît, Secrétaire d’Etat auprès du Ministre de l’Éducation de Base
  • Professeur IVO LEKE TAMBO, Secrétaire Général du Ministère de l’Éducation de Base
  • Monsieur NANGA Charles, Inspecteur Général des Services
  • Madame ITOE MISPA FULE, Inspecteur Général des Enseignements
  • Représentant du Parlement
  • Monsieur le Directeur du Centre des Nations Unies pour les droits de l’homme et la démocratie en Afrique Centrale
  • Représentants des Organisations Internationales
  • Représentants des Organisations de la Société Civile
  • Responsables des Services Centraux et Déconcentrés du Ministère de l’Éducation de Base