Etat des lieux de la production et de l’exportation du bois au Cameroun

Dans l’optique de maintenir les fonctions économiques, sociales et écologiques des forêts le Gouvernement du Cameroun a, au lendemain du Sommet de Rio sur l’environnement et le développement de 1992, fait de la gestion participative et durable l’un des objectifs fondamentaux de sa politique. En effet, le Cameroun a consenti de nombreux efforts visant à améliorer la contribution du secteur forestier à l’économie nationale.

Une meilleure connaissance de la production et de l’exportation du bois au Cameroun est notamment pertinente dans le cadre du renforcement actuel du processus national de contrôle de l’exploitation forestière et du commerce associé au Cameroun. Elle permettrait de mieux apprécier l’importance et la dynamique du commerce, et de proposer des mécanismes pour améliorer la performance du secteur forestier. C’est dans cet objectif que le Centre pour l’Environnement et le développement a initié en octobre 2018 une étude du secteur forestier camerounais. L’étude a principalement porté sur la production et la commercialisation du bois au Cameroun.

Une croissance des exportations du bois en grume

La production formelle de bois d’œuvre au Cameroun a eu une croissance soutenue des années 1960 jusqu’à la deuxième moitié des années 1990. La loi de 1994 a eu pour effet de réduire le volume de grumes exportées par le Cameroun entre 1998 et 2000. Cependant à partir de 2005, l’on note une croissante constante du volume d’exportation, du fait d’une ordonnance de 1999 qui dispose que l’exploitation des grumes pourra se poursuivre dans le cadre de la promotion de certaines essences. Ainsi, de moins de 200 000 m3 en 2005, on est passé à 900 000 m3 en 2017 et 800 000 m3 en 2018.

Où va le bois du Cameroun ?

Le bois en grume va majoritairement vers des pays ayant une grande capacité de transformation. Près de 70% du volume exporté vont vers la Chine et Vietnam. Si la main d’œuvre est peu coûteuse dans ces pays, la France, l’Italie, l’Allemagne et la Belgique ont une main d’œuvre plus chère et également qualifiée. Ces 4 pays représentent environ 6,25% des acheteurs du bois camerounais. Lorsque transformés et revendus au Cameroun, le prix d’achat des produits en bois (meubles par exemple) provenant de ces différents pays est élevé pour le consommateur camerounais moyen.

Des pertes économiques et écologiques

La transformation du bois en grumes camerounais génère des emplois dans les pays qui s’y attèlent. Or selon l’étude, le nombre d’emplois directs qui pourraient être créés si ma première transformation se faisait au Cameroun pourrait être de 55.000.

En terme de rentabilité, l’Etat perd environ 60 milliards de FCFA, dont 10 milliards représentent les impôts et taxes.

En plus de l’économie, ces activités ont un impact sur la biodiversité. La pression est accrue sur un nombre réduit d’essences. La demande étant dictée par les acheteurs, l’on constate que le sapelli, l’iroko, l’ayous, le tali et l’azobé constituent 70% des essences exportées. Cette forme d’exploitation qualitative contribue à l’écrémage de la forêt.

Quelles recommandations ?

Au terme de ces analyses, l’étude propose de revenir à la loi de 1994, afin de mettre en place des mécanismes qui limiteraient l’exportation du bois en grumes, tout en les accompagnant de moyens de transformation en produit fini et de bonne qualité, pouvant concurrencer le marché international.

Cette étude a été réalisée avec la collaboration de l’Agence d’investigation environnementale (EIA) et le projet Voix de Citoyens pour le Changement (CV4C), dont l’objectif est de renforcer la contribution des Acteurs Non Etatiques (ANE) – Organisations de la Société Civile (OSC), Populations Autochtones (PA) et communautés locales – à l’amélioration de la gouvernance forestière et à la gestion durable des forêts (GDF) dans 5 pays du Bassin du Congo. Les résultats ont été présentés en novembre 2019, en présence des représentants de l’administration, chefs traditionnels, organisations de la société civile et des médias.