Foresterie communautaire dans le Bassin du Congo : un besoin d’être soutenu par la législation

L’avenir des populations du Bassin du Congo dépend de la bonne gestion des richesses dont ce massif regorge, et de l’implication des populations dans les processus de gestion en cours. La rencontre sur le renforcement des actions visant à améliorer les moyens de subsistance des communautés forestières dans le Bassin du Congo, qui s’est tenue à Yaoundé du 6 au 8 février 2019, a été organisée dans le cadre du projet CoNGOs, mis en œuvre par un consortium d’organisations de la société dirigé par l’Institut international pour l’environnement et le développement (IIED), composé de Fern, Forest Peoples Program, Tropenbos, Client Earth et Rainforest Foundation. Au Cameroun, le projet était mis en œuvre par OKANI, INADES Formation et le CED.

A l’heure du bilan, on note une prise de conscience par les acteurs du potentiel de la foresterie communautaire et de la portée de la valorisation des ressources autres que le bois dans les forêts communautaires. Mais on remarque également que les législations ne sont pas toujours suffisamment adaptées pour encadrer les développements souhaités dans ce domaine.

En République du Congo, l’on en est encore à la définition du cadre juridique devant encadrer la foresterie communautaire, car le code forestier en vigueur actuellement ne prévoit pas ce concept. Concernant la RDC, la législation, pourtant très progressiste en matière de reconnaissance des droits des communautés (elle prévoit que les forêts communautaires auront une superficie allant jusqu’à 50 000 hectares, contre 5000hectares au Cameroun par exemple) tarde à être mise en œuvre. Quant à la République Centrafricaine, la législation n’est pas encore mise en place, même si quelques forêts communautaires s’y développent progressivement.

Au Cameroun par contre, la foresterie communautaire est expérimentée depuis une vingtaine d’années. Le cadre juridique en la matière date de 1994, et des textes d’application du début des années 2000 précisent les aspects réglementaires de la gestion des forêts communautaires. «Il y a une volonté réelle d’associer les communautés à la gestion des espaces et des ressources, même s’il reste des difficultés sur le plan pratique, notamment dans l’assistance technique qui doit être apportée aux communautés bénéficiaires des forêts communautaires », souligne Samuel Nguiffo, Secrétaire Général du CED.

Le cadre juridique est assez ouvert pour que les communautés puissent s’impliquer dans l’exploitation du bois et des ressources non-ligneuses, et de faire d’autres usages qui leur permettent d’améliorer leurs conditions de vie. Ainsi, le CED a longtemps travaillé avec la forêt communautaire de Nomedjoh, village autochtone Baka  vivant des produits issus de la forêt. Les activités ont consisté à identifier les besoins des communautés et des ressources dont la forêt dispose. Viennent ensuite la facilitation pour la valorisation des produits forestiers non-ligneux et le développement des activités telles que l’apiculture, ainsi que des sessions de formations pour une récolte plus efficace des produits locaux, afin d’avoir une première valeur ajoutée dès le village. A ce jour, quelques produits sont commercialisés et contribuent à l’amélioration des conditions de vie des communautés productrices.

Des produits forestiers non-ligneux issus de la périphérie de la réserve du Dja, Cameroun

Ce savoir-faire intéresse la République Démocratique du Congo pour des actions futures. Nicola Ondeyiki, souligne à cet effet que «la RDC devrait s’inspirer du Cameroun par rapport aux différentes utilisations qu’on peut faire des produits forestiers non ligneux, et valoriser ses ressources pour avoir des revenus au niveau des ménages et impulser le développement ».

Retrouvez le communiqué de presse relatif à ces échanges ici: https://www.iied.org/protecting-needs-forest-dependent-people-key-saving-congo-basin-forests#francais

La vidéo sur les enseignements de la foresterie communautaire est disponible ici : https://fern.org/fr/communityforestryinCameroon?fbclid=IwAR3r8-L8OUlwUFytJcj1SPo4kEMOV00-23fwGManpFdSKW9XZChyB5ihoKk

Un guide simplifié du processus de révision d’un plan simple de gestion (PSG) a été développé par le CED, basé sur les plans simples de gestion du modèle actuel de foresterie communautaire. L’objectif visé étant de présenter toutes les étapes et le contenu des documents nécessaires. Ceci permettra à la communauté de savoir ce qu’elle-même est capable de faire afin de s’approprier le processus de la révision du PSG, de limiter les coûts de sa révision et, partant, sa dépendance vis-à-vis des personnes extérieures à la communauté. Il est disponible ici : http://www.cedcameroun.org/le-guide-simplifie-du-processus-de-revision-dun-plan-simple-de-gestion/