Gouvernance foncière : quel droit pour la femme africaine ?

L’accès des femmes à la propriété foncière se pose comme un véritable défi en Afrique. A l’occasion de l’Assemblée Régionale 2017 de l’ILC Afrique, les acteurs de la gouvernance foncière en Afrique ont débattu de cette thématique.

« On a plus de femmes que d’hommes en Afrique mais elles ont moins de droit sur la terre, pourtant elles contribuent en majorité à nourrir les populations. » Ces propos de Samuel Nguiffo, Secrétaire Général du Centre pour l’Environnement et le Développement du Cameroun résument bien les expériences vécues et échangées par les participants venus de divers coins du continent.

En effet outre le fait que les législations en matière foncière n’établissent aucune différence de sexe, les règles des sociétés africaines ont des tendances discriminatoires envers la gent féminine. Mais les choses se compliquent dès l’instant où l’on aborde la question du contrôle de ce bien, appartenant initialement à la famille qui automatiquement doit avoir à sa tête un homme. Vu sous cet angle, l’obtention d’un titre foncier devient quasi impossible pour une femme.

C’est cet état d’esprit que les membres de l’organisation International Land Coalition, appuyés par le CED et la société civile, veulent éradiquer. Très peu de pays africains, à l’instar du Burkina Faso, sont parvenus à assurer la reconnaissance efficace des droits fonciers des femmes. Au Bénin, le certificat de propriété a cédé la place au titre foncier pour tout acquéreur de terre. Mais « le coût est tellement exorbitant qu’il exclu une grande partie des femmes dans ce pays » explique le Dr Anne Floquet du Centre Béninois pour l’Environnement et le Droit Economique et Social (CEBEDES).

Ailleurs, on en est aux réformes. Par exemple pour se rapprocher de l’équité, le Malawi, projette de mettre en place les titres fonciers conjoints destinés aux couples mariés. Encore qu’il faudrait que cette réforme soit ratifiée par les autorités compétentes, souligne Chihana Tawonga Christina, de Landnet Malawi.

Les membres de l’ILC Afrique, réseau qui reconnait en tous points l’importance de la femme dans le développement socio économique de l’Afrique, veulent aujourd’hui à travers des outils élaborés par les groupes de travail, amener les autorités à tenir compte des femmes dans la gestion des terres.

De gauche à droite: Pr Jeanne Claire Mebu Chimi (CDTSA – UY 2 Soa; Chihana Tawonga Christina (Malawi); Dr Anne Floquet (Bénin)

C’est donc plein d’espoirs que les acteurs du changement quittent ce 14 septembre, la salle de conférence de l’hôtel Mont Fébé de Yaoundé. Mais dans une société où les droits sont entre les mains des hommes et leurs coutumes, la femme rurale est-elle prête à revendiquer ce qui lui est dû ?  Kafui Kuwonu de Wildaf au Togo encourage ainsi les femmes à parler d’une même voix. Wildaf a pour objectif d’influencer les politiques foncières en faveur des femmes rurales et des pauvres, et a pu mobiliser les femmes rurales qui se sont unies à travers l’Initiative Kilimandjaro pour adresser des revendications communes.

Le CEBEDES s’investit aux côtés des populations de différentes localités du Bénin. A l’aide d’une démarche d’appui à l’autopromotion basée sur la participation des populations, l’ONG intervient dans la lutte contre la pauvreté, la promotion de la sécurité alimentaire et le développement local. Quant-à Landnet Malawi, il s’agit d’une organisation qui plaide en faveur d’un pays dont les politiques et législations foncières répondent aux besoins des groupes vulnérables et marginalisés, dont les femmes.

 

 

Avec la collaboration de Marie Christelle DJUKO, Volontaire ILC Afrique/CED